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Je vais vous confier un secret, qui n'en est plus un, cinquante-sept ans après. C'est à la lecture de l'article de Maître Frezouls (Annuaire des Mascaréens, deuxième édition, page 100) que j'ai décidé d'écrire. Le 16 octobre 1942, une réunion tenue secrète à l'époque a eu lieu à Cherchell, dans le département d'Alger. Étaient présents : le Général Eisenhower, le Consul Général Murphy et les représentants du Général Giraud. À l'ordre du jour : la date du débarquement des troupes américaines en Afrique du Nord et l'endroit. Il a été décidé que la date serait la nuit du samedi au dimanche 8 novembre 1942. Les lieux : la plage de Messelmoun, à côté de Fontaine du Génie, près de Cherchell, et la baie d’Arzew (Damesme, Saint-Leu, Port-aux-Poules) Bien entendu, je ne vous dirai pas d'où je tiens cette information, qui est véridique. Par un concours de circonstances, alors que je venais d'avoir seize ans, j'ai été le premier civil mascaréen à être au courant du débarquement. Ce dimanche 8 novembre 1942, à six heures du matin, j'étais le seul à pouvoir accéder au service télégraphe de la poste, à lire l'alphabet morse, et habilité à porter les télégrammes officiels. À la Sous-Préfecture, il a fallu passer à l'interrogatoire de rigueur et à diverses autres choses aussi désagréables pour réveiller Monsieur le Sous- Préfet. En clair, le télégramme, (chiffré et codé en morse) que je venais de lui remettre contre sa signature, donnait les lieux du débarquement et l'effectif des troupes. En conséquence, on m'a obligé à rester à la disposition de l'armée et les titulaires du Baudot (petit clavier à cinq touches piano pour envoyer et recevoir les télégrammes) et du télégramme morse, ont été réquisitionnés. Alors, branle-bas de combat chez le Commandant d'Armes, place Foch, aux différentes casernes. Cela m'a amusé sur le moment… et apporté pas mal d'embêtements par la suite. Le Capitaine Giraud (marié à une mascaréenne) a été un des premiers à partir en side-car, à la tête d'une compagnie du 9ème R.C.A. (formé à Mascara en 1941) à la rencontre des troupes américaines à Arzew. Comme le précise Maître Frezouls, les unités américaines sont entrées à Mascara une huitaine de jours plus tard. Je me trouvais à la Porte d'Oran (mon quartier) et j'ai vu ce fameux canon 75, monté sur pneumatiques. D'après mes souvenirs de préparation militaire à cette époque, ce canon n'a jamais tué une mouche, parce que rendu inutilisable par la commission d'armistice, de même que certaines mitrailleuses et autres armes automatiques. Mais ce qui m'a frappé dans cette histoire, c'est de voir certains S.O.L., Légion Française des Combattants et autres Croix-de-Feu, retirer leurs insignes à la vue des américains. Quelques-uns d'entre eux connaîtront la Chambre Civique de sinistre mémoire, alimentée par un Monsieur qui aura par la suite de hautes fonctions en Algérie. Récompense ? ! « Suivant que vous serez puissant ou misérable… » (La Fontaine : Les animaux malades de la peste) Pour loger l'Etat-Major américain et anglais, le Grand Hôtel Frezouls a été réquisitionné en 1943, de même que le Patronage, à côté de la Porte d’Oran et la Maison du Colon, dont les services ont été disséminés un peu partout dans Mascara. J’en sais quelque chose, puisque je faisais partie du Crédit Agricole, qui a été pendant quelques semaines dans les locaux des Établissements Leroll, anciennement Demas, rue Mogador, puis à la Maison du Combattant, boulevard Georges Clémenceau. |