SOUVENIRS DE CHASSE

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Un jour, Monsieur Dalverny père est parti à la chasse

avec mon père dans les Béni-Chougrane. Je dois dire

que Monsieur Dalverny est un des rares chasseurs à

avoir suivi mon père dans ses parties de chasse dans les

Béni-Chougrane. Au cours de la chasse, ils ont été

bousculés par une grosse bête (d’après eux) avec des

yeux verts et des oreilles pointues. Quand ils ont

raconté leur mésaventure, on s’est moqué d’eux en

disant que le lynx n’existait pas dans notre région. Si

Jeannot (Jean Dalverny) n’a pas connu la fin de cette

histoire, je vais la lui donner.

La bête était bien une espèce de lynx, qu’on appelait làbas

chat sauvage, ou encore en espagnol caracal. Cette

bête, qui décimait les basses-cours à Sidi-Daho, a fini

ses jours lors d’une chasse au porc-épic. Il y avait à

Sidi-Daho de gros tas de pierres, dans lesquels les

porcs-épics entassaient leurs rapines (les arabes disaient

qu’ils se roulaient la nuit dans les pommes de terre et

qu’ils repartaient avec ces tubercules accrochés aux

piquants). Quelques semaines plus tard, je me trouvais à

la chasse avec mon père. (j’ai été collé à ses basques

pour la chasse à partir de six ans) pour éliminer une

grande partie des porcs-épics. Pour cela, on entourait la

tanière de grosses pierres et on l’enfumait. Lorsque les

bêtes sortaient, elles étaient accueillies par des coups de

fusil. C’est au cours de l’une de ces chasses que le chat

sauvage, qui avait élu domicile dans un de ces trous a

vu son beau pelage fauve traversé par des gros plombs.

Un autre jour de chasse, alors que Monsieur Dalverny

s’était agenouillé pour boire dans l’oued, mon père lui

demanda de ne pas faire un geste et d’un coup de fusil,

il coupa en deux un énorme serpent.

Quand ils ont raconté leur histoire, on leur a donné

beaucoup d’explications, toutes aussi fantaisistes les

unes que les autres.

En réalité, ce n’était pas un serpent d’eau, long d’une

soixantaine de centimètres, dont la morsure est

mortelle, comme celle de sa cousine la vipère, de même

que ce n’était pas une couleuvre, mais une espèce de

serpent, dont je n’ai jamais connu le nom, et qu’on

appelait serpent fouet. Il y en avait quelques-uns dans

les broussailles de Sidi-Daho. C’était un serpent plus

grand qu’une couleuvre, de couleur jaune, tacheté de

bleu, de près de deux mètres de long. Sa queue était

terminée par deux grands crins d’une vingtaine

centimètres. Quand il se croyait menacé (homme ou

animal) il fouettait l’air de sa queue, et ceux qui ont

goûté à ses crins s’en souviennent comme de deux

brûlures.

Image 1

Le chauffeur du Sous-Préfet, André Baldini, Petit Jean Meschia,

Joseph Carthagéna, François Lorente, Gilbert Leverone

Photo de Gilbert Leverone