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Pendant les années 20 et 30, il y avait à Mascara un vétérinaire dont je tairai le nom, qui n’avait pas peur de se déranger jour et nuit pour aller soigner les animaux dans les fermes de la région de Mascara. Il habitait le faubourg Isidore et avait une grosse voiture de marque Ford. (Fordaille, comme on disait alors) Comme il commençait à devenir vieux et qu’il était souvent dans la lune, il avait formé un nouveau vétérinaire et lui avait transmis sa vocation d’aimer et d’aider les animaux. Ce nouveau vétérinaire avait une automobile C4, et un jour qu’il était allé visiter des animaux dans une ferme tout près d’El-Bordj, il tomba en panne à son retour, et appela à son secours son confrère. Celui-ci vint et le prit en remorque à l’aide d’une corde prêtée par le fermier. Et les voilà repartis, l’un remorquant l’autre. Le remorqueur dans la lune réfléchissait à je ne sais quoi, au point d’oublier qu’il avait un véhicule en remorque et il accélérait l’allure. Désespérément, le remorqué faisait usage de son klaxon pour lui demander de ralentir. Le remorqueur voyait dans son rétroviseur ce véhicule de moindre puissance le serrer de près. « Comment ? Cette petite voiture veut me dépasser ! Il va voir de quel bois je me chauffe ! » Et il accélérait de plus en plus, et l’autre qui était accroché avait de plus en plus de peine à maîtriser son véhicule et actionnait son klaxon. Sur la route toute droite de Maoussa, le premier voulait se débarrasser de son suiveur, et enfonçait à fond son champignon. Au grand virage du Bassin Carré, la corde casse. Le remorqué va tout droit dans le fossé. Arrivé à son domicile, le vétérinaire était tout content de s’être débarrassé de son suiveur. Mais c’est en racontant sa mésaventure à son épouse qu’il s’est souvenu, à la vue du morceau de corde attaché à son pare-chocs. « Merde ! C’est le vétérinaire que je remorquais ! » Il est retourné porter secours à son élève qui l’attendait patiemment dans le fossé de l’embranchement de la route de Saint-André, en lui affirmant qu’il regrettait infiniment de l’avoir mis dans une pareille situation. |